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Les méthodes de management Agiles, recommandables pour tous ?

Les méthodes agiles, qui se sont développées dès le début des années 1990, se sont rapidement imposées comme un modèle d’efficacité et sont aujourd’hui très répandues à travers le monde digital. S’inscrivant dans un monde moderne à la fois dynamique et en crise, elles visent à remplacer les méthodes de management traditionnelles très figées par des systèmes plus itératifs basés sur la rentabilité produit. Cela dit, l’uniformisation des méthodes pose sur le long terme de multiples questions à la fois communicationnelles, économiques et sociologiques. Le mot “Agile”, galvaudé de nos jours tant son emploi s’est popularisé, est désormais utilisé à la première occasion comme un label qualité indispensable aux entreprises d’avenir. Mais est-ce vraiment le modèle de management moderne, recommandable pour tous ?

 

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Justifiables pour tous ?

La première question qui se pose est: les méthodes agiles, pour qui, pourquoi ? La diversité de l’offre et la demande laissent place à des entreprises aux ressources, projets et philosophies variées. Cela amène à de nombreuses questions sous-jacentes. Une équipe fragmentée dans ses projets, qui mobilisent des ressources humaines limitées à chacun d’eux bénéficierait-elle de la mise en place de ces méthodes ? Les équipes au budget plus modeste ont-elles toujours intérêt à les utiliser ? Toutes les équipes disposent-elles simplement des compétences et de la cohésion requises par un tel modèle ? Leur philosophie et leurs impératifs s’inscrivent-ils forcément dans une logique de rentabilité à tout prix ? Tous les projets justifient-ils l’emploi de cette méthodologie quelle que soit leur envergure en terme de complexité ou de durée ? En réalité, s’il est évident qu’il fallait créer de nouvelles méthodes, l’Agilité ne serait pas une évidence qui s’impose dans les faits à tous. En effet, en fonction d’une multitude de paramètres concernant l’équipe et leurs activités, il convient de choisir la méthode la plus adaptée, et si des tendances se dessinent évidemment sur le marché, aucune règle universelle n’est justifiable pour tous.

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Supportables par tous ?

Ensuite, en considérant qu’une méthode agile comme Scrum (la plus répandue actuellement) est choisie, son application peut également amener divers problèmes sur le plan humain. A vouloir l’efficacité à tout prix sur le plan du groupe et du produit, on en oublie parfois l’individualité des personnes qui donnent pourtant son souffle au projet. Le personnel est souvent sous pression, et tout le monde ne réagit pas de la même manière aux multiples deadlines. On impose un rythme de projet à des personnes qui n’ont pas forcément le même rythme de travail, le même rapport au projet, et on oublie parfois jusqu’à leur vie personnelle lors des périodes de rush. Quand le produit met la personne en retrait, on peut obtenir une industrie en crise sur le plan humain. C’est par exemple la situation actuelle de l’industrie du jeu vidéo, les impératifs économiques du secteur ayant complètement englouti la dimension humaine. Les éditeurs veulent toujours plus, pour plaire à toujours plus de monde, et proposent de plus en plus de contrats “négociables” menant dans la plupart des grands succès à des semaines de 80 heures pour les employés, des états de santé problématiques, des vies de famille sacrifiées… Le parallèle ne s’arrête pas là, en effet le jeu vidéo, à force de s’adapter et se mettre à jour en permanence, a démocratisé une tendance mal vue par un grand nombre de consommateurs, le produit “pas fini”, avec des quantités importantes de données de mise à jour à télécharger dès la première utilisation…

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Efficaces pour tous ?

En effet, cette philosophie centrée sur le produit peut aisément impacter l’image de l’industrie si elle ne se soucie pas suffisamment de l’expérience utilisateur. Car la qualité voulue par le client et visée par l’équipe est une chose, mais le jugement qualitatif du produit final par l’utilisateur en est une complètement différente. L’expérimentation réelle (et notamment le premier contact qui peut facilement rebuter le consommateur pour des raisons qui échappent souvent à leurs concepteurs) est trop souvent mise en retrait, le point de vue hors du processus créatif n’étant pas forcément en accord avec ce que les personnes impliquées s’imaginent (même en tant que consultant). Le développeur aura beau essayer de se mettre à la place du consommateur, il ne l’est pas et les nouvelles méthodes ne prennent pas toujours assez ce paramètre en compte. A force de vouloir faire efficace, on perd facilement cette vision positive et cette confiance du consommateur, qui se sent de plus en plus victime du capitalisme dans toutes les industries, et on n’est pas forcément conscient de ce phénomène. Car le consommateur aussi est moderne et dynamique, et si le premier contact avec le produit n’est pas saisissant, il passera son chemin sans jamais venir vous expliquer pourquoi.

Espérons que les entreprises “d’avenir” ne voient pas les nouvelles méthodes comme des recettes miracles du succès, et comprennent l’importance de prendre en compte la complexité des personnes qui réalisent et utilisent le produit, sans limiter leur vision à ceux qui le financent et l’exploitent.

 

Sources:

http://www.agiliste.fr/introduction-methodes-agiles/

http://www.onedesk.com/scrum-methodology-vs-agile-methodology/

http://www.frenchweb.fr/agile-scrum-lean-pourquoi-ces-methodes-de-product-management-ne-marchent-pas-toujours/260891

http://www.slideshare.net/MelissaPerri/the-build-trap-66849122?ref=http://www.frenchweb.fr/agile-scrum-lean-pourquoi-ces-methodes-de-product-management-ne-marchent-pas-toujours/260891

 

Article de Rouksana Ashraf – @RouksanaA – Étudiante en Mastère 2 Développement Web