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L’intelligence artificielle est-elle en train de devenir l’artiste de demain ?

Aussi imaginaire que cela puisse paraître, l’intelligence artificielle n’est plus un fantasme ni même une fiction. De Black Mirror à Her ou encore Matrix, ces films et séries nous interrogent sur la définition même de l’intelligence et de la conscience. Et l’art n’y échappe pas. S’il est facile de s’amuser du cousinage étymologique de « artificiel », l’art et la culture sont des traits bien distinctifs qui constituent l’Humain. Aussi parfois est-il difficile d’envisager que l’AI pourrait nous retirer ce privilège.

 

L’une des questions fondamentales réside dans ce que véhicule l’art en nous : des émotions. Une œuvre artistique est alors issue de la créativité d’un artiste. On parle alors de capacité qu’a un individu à imaginer, réaliser, à créer quelque chose de nouveau.

Le débat se porte alors sur ce concept de « nouveau ». Imagination ? Inventivité ? Une machine est-elle capable de faire preuve de créativité ?

 

Création artificielle : entre émotions et simulations

 

L’année 2015 fut la période de l’art psychédélisme digital. Nos réseaux sociaux fleurissaient d’images étranges, presque hallucinogènes d’apparence, sur nos photos de profils, dans notre Feed Instagram en encore même dans des expositions à New York. Il s’agissait des œuvres de Deep Dream, œuvres signés Google. Inspirées par le cerveau humain, ces images sont l’œuvre du Machine Learning. Ce domaine de l’intelligence artificielle a permis à Google de donner naissance à un courant artistique nommé « l’Inceptionnisme » (en référence au film Inception, 2010)

 

inceptionnisme inceptionnisme

 

Les internautes se sont alors emparés de cet outil pour s’amuser à transformer leurs photos en « œuvres d’art ». Google a d’ailleurs organisé une exposition de peinture Deep Dream dont l’œuvre la plus chère s’est vendu pour 8 000 dollars.

 

Deep_dream

 

En créant un courant artistique à part entière, l’AI impose ses compétences illimitées. L’art fut depuis toujours un moyen d’expression propre à l’humain qui semble nous glisser des mains.

 

Mais si le Machine Learning se base sur l’apprentissage, on peut alors parler ici de création et non d’œuvre? Il est difficile d’imaginer un robot peindre une œuvre engagée telle que « La Liberté guidant le peuple » d’Eugène Delacroix.

 

 

Les capacités techniques de l’AI pour l’art

 

Ses dernières années, ces robots font craindre à certains un remplacement de l’Homme par la machine sur d’autres sujets. Car à défaut d’être capable de ressentir, l’AI est capable de simuler, d’imiter.

 

En avril 2016, des chercheurs néerlandais de l’université de Delft nous dévoilaient un nouveau Rembrandt. Poisson d’Avril certes, celui-ci ne fut pas peint par le si connu maître de la peinture mais par une intelligence artificielle. Aussi basé sur le système de Machine Learning, l’AI a appris le style et a analysé des centaines d’œuvres de Rembrandt Van Rijn.

 

 

rembrandt

 

« Notre but était de créer une machine qui travaille comme Rembrandt afin de mieux comprendre ce qui fait d’un chef d’œuvre un chef d’œuvre« , a déclaré le directeur de projet Emmanuel Flores à la BBC. « Je ne pense pas que l’on puisse remplacer Rembrandt, il est unique ».

 

Exemple d’autant plus frappant: Taryn Southern, participante de l’émission American Idol en 2004, a créé son dernier album I Am AI à l’aide d’une étrange partenaire : Amper, l’AI de la musique moderne. L’artiste ayant de faibles notions de piano, Amper s’est chargé de toute la composition et production de l’album. Un travail qui se fait bon exemple de ce l’AI peut donner à la créativité humaine.

 

Selon Drew Silverstein, le PDG d’Amper Music, « la création humaine et les musiciens humains ne disparaîtront pas. Nous essayons juste de faire en sorte que passer plus de 10 000 heures et dépenser des milliers de dollars ne soit plus une nécessité pour partager et exprimer des idées. » En revanche, après écoute de « Break Free », extrait de l’album, il reste incontestable que Amper n’est pas encore équipé de détecteur de mauvais goût !

 

 

 

L’AI a-t-il vraiment un sens du goût ?

 

Parlant de mauvais goût, Google Brain, Amper et ces autres intelligences artificielles serait ainsi capable d’agir comme des artistes mais sont-elles vraiment conscientes de la beauté de l’art ?
L’application mobile de photo EyeEm a récemment développé sa propre intelligence artificielle dans le but de sélectionner, de manière la plus objective possible, les meilleures photos sur la plateforme. EyeEm Vision AI analyse la lumière, les couleurs ainsi que la qualité de l’image selon des critères bien précis. Grâce à l’AI, le site a publié sa sélection des meilleures photos de l’année 2016.

 

 

IA

 

EyeEm Vision AI est alors capable de comprendre une photo en temps réel et de déterminer sa qualité esthétique fondée sur des critères commerciaux.

 

Il ne s’agit pas ici d’une question de la machine remplaçant l’homme, mais plutôt d’une forme d’intelligence artificielle capable de critiquer l’art de manière peut-être plus objective.

 

Imitation, production et réalisation, créateur de courants artistiques, L’AI ne cesse de nous impressionner. Mais si ces machines sont capables de reproduire des créations ou de s’inspirer pour recréer, il existe tout de même une limite l’empêchant de rivaliser l’Homme au niveau émotionnel par exemple.

 

L’intelligence artificielle doit être perçue non comme une compétition face à l’Homme mais comme une opportunité, un complément à sa créativité.

 

Article de Valentin Ginard@valentinginard – 3ème année – Cycle Mastère en 3 ans.