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Centre Pompidou: Un logo inoxydable signé Jean Widmer !

En 1969, le Président Georges Pompidou décide d’affecter le plateau Beaubourg à la construction d’un centre culturel pluridisciplinaire d’un type entièrement nouveau. Il s’agit alors d’une nouvelle impulsion donnée à plusieurs projets que le futur centre culturel est appelé à rassembler : la construction au centre de Paris, d’une bibliothèque de lecture publique accessible au plus grand nombre ; la réhabilitation du Musée national d’art moderne (MNAM), installé trop à l’étroit dans l’une des ailes du Palais de Tokyo ; le projet d’un centre de création musicale (IRCAM) organisé selon les vues du compositeur français Pierre Boulez. Outre la création d’une nouvelle bibliothèque et le transfert du musée, le projet englobait les activités du Centre d’art contemporain, installé rue Berryer et l’équipe qui, autour de François Mathey, avait développé, au sein du musée des Arts Décoratifs, une politique dynamique d’expositions d’art contemporain.

 

Avant la construction du centre Pompidou,  l’activité culturelle à Paris se concentrait dans le Quartier latin et à Saint-Germain-Des-Prés. À cette époque la scène culturelle s’est déplacée outre-Atlantique à New York, le quartier du Marais était un désert culturel. C’était un parking qui accueillait les clients des Halles.

 

La construction du centre Pompidou va correspondre au déplacement de la vie culturelle de la rive gauche vers la rive droite, c’est-à-dire que ce vieux Paris va devenir un quartier de galeries d’art, de musées, de boutiques et de cafés à la mode. C’est une période charnière avec l’essor de la consommation.

 

En 1977, Jean Widmer dessine le logotype du centre Pompidou, à cette époque il a 47 ans, il est connu comme directeur artistique dans le monde de la presse et de la mode, il est aussi connu comme créateur, de logo et d’affiches, il est l’un de ses graphistes issus de l’école de Bâle et de Zurich qui ont amenés style suisse en France. Connu pour son aspect moderne et décapant, le logo du centre Pompidou est une transcription schématique de l’architecture. Il incarne la démocratisation de la culture, une désacralisation de l’art et au moment où il a été dessiné d’une ampleur et d’une amplitude insoupçonnée.

 

Il y a des logos éphémères et pérennes, la durée de vie d’un logo ne dépasse pas quelques années (10 ans – 20 ans). On sait que les changements de direction des marques, le renouveau de leur message, les évolutions des techniques (innovations) touchent directement à la longévité d’un logo. Il est vrai qu’en ce qui concerne ce logo même s’il a bien failli disparaître en 2004, 40 ans après il ne se démode pas. Le logo de Jean Widmer reste d’une efficacité et d’une modernité hors du temps. Il est même devenu une des oeuvres emblématiques du Centre Pompidou et surtout l’un des piliers du patrimoine graphique français.

 

Alors comment a-t-il été créé ?

Jean Widmer conçoit l’identité visuelle du nouveau Centre Georges Pompidou à Paris. Il ne veut pas dessiner de logo, son système visuel et signalétique étant selon lui suffisant à l’identité du futur centre. Ne pas dessiner de logo, pour un designer graphique, est une sorte de fantasme, un absolu : signifier une entité uniquement par l’utilisation d’une couleur, d’une typographie, d’un système graphique et sans y apposer ce fameux logo. Mais, la direction du centre insiste : « ça rassure un logo ». On peut le coller partout : sur une chaise, sur un laissez-passer, sur un billet, sur un bâtiment…

 

Jean Widmer obtempéra et dessina donc ce logo, si simple et si évident, une fois créé. C’est une épure du bâtiment si caractéristique, avec son escalator en façade. Il est immédiatement reconnaissable (même si son auteur ne figura que cinq étages dans son logo alors que le bâtiment en comporte six) et en même temps presque abstrait.

 

 

Durant cette conférence d’une heure trente, le graphiste Philippe Apeloig nous a offert son regard sur l’œuvre de Jean Widmer, une oeuvre pleine de simplicité et de promesses, bref une oeuvre inoxydable. Quant à Philippe Apeloig, il est l’auteur de nombreuses identités visuelles comme les Musées de France, le Théâtre du Châtelet, le Petit Palais, le domaine de Chaumont-sur-Loire, le Musée Yves Saint Laurent à Marrakech ainsi que les nouveaux logotypes du VIA et de l’Orient-Express. C’est un acteur averti et expérimenté.

 

 

 

 

 

Jéruel Isimat-Mirin – Étudiant en 1ère année de Mastère Web Design.